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 La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)

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MessageSujet: La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)   Sam 17 Aoû - 17:30

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T'avais peut-être quatorze ans
T'avais encore la tête velue

Parfois on hésite... on a peur}Quand, un peu plus de douze ans auparavant, j'avais appuyé mon front contre la vitre froide du train, deux sentiments cohabitaient dans mon cœur lourd comme l'univers. Avec mon visa de travail, j'avais peur de tout, de l'inconnu dans lequel je me jetais toute entière, de ne pas trouver de place, de ne pas savoir à quoi m'attendre, de me perdre... Cette tristesse causée par le siège vide à ma droite me pesait. Théodore aurait dû me suivre... juste le temps d'un été. Juste deux mois de folie avant d'intégrer une université où il avait cette place qui lui était toute destiné... mais qui je n'étais pas certaine serait mienne. À l'aube de ma vie d'adulte, je n'avais peut-être pas la maturité nécessaire pour comprendre que ce n'était pas tout le monde qui pouvait tout plaquer. C'était probablement à cause de mon enfance particulière. M'attacher avait toujours été difficile... et je n'avais jamais vraiment quitté ceux avec qui j'avais réussi à tisser un lien plus particulier.

C'était dans un tout autre état d'esprit que j'avais remis les pieds encore une fois avec un aller-simple de Paris à Londres cette fois-ci. C'était peut-être à cause du gazouillage mi-français, mi-anglais de mon fils. Il s'étonnait de la vitesse du train, du paysage, du son du klaxon, des petits casse-croutes... Impossible d'être triste lorsque l'on avait impression de revenir à la maison... même si je laissais derrière moi, ma grand-mère biologique, je ne me sentais pas comme lorsque j'avais abandonné mon premier amoureux. Peut-être était-ce la sagesse qui commençait à m'habiter mais je me doutais bien Théo avait bien fait de ne pas me suivre. Pendant près de huit ans, rien n'avait été stable dans ma vie. Il n'y avait eu ni maison, ni adresse, ni travail stable. J'avais vécu au rythme des découvertes. Au rythme de ce que la vie m'amenait comme petit trésor. Comme le bruit de la mer sur la plage. Comme ce cours de pâtisserie qui m'avait donné envie de me fixer. J'avais rencontré un autre homme, j'étais tombée amoureuse de lui, j'avais presque oublié Théo, jusqu'au moment où enceinte de près de neuf mois j'avais réalisé que Maxime ne reviendrait pas et que Théo ne m'aurait jamais fait cela. Ce fut, pour moi, le début de la longue route qui me menait à acheter encore une fois, deux aller-simple pour une destination, à mettre toute une vie dans une petite valise, à prévenir mes proches de part et d'autre de la Manche que je revenais à la maison, à m'acheter une petite boutique sur une rue passante... mais je ne l'avais pas prévenu lui. Pas encore la force. Pas encore prête. Et voilà que dans le train, je souhaitais presque qu'en plus de Naomi, Théodore soit sur le quai.

Théo n'avait pas été là. Mais Naomi, baptisée dès la première seconde Tata par mon petit Chad était là tout sourire à s'étonner de grands gestes de mains que je n'avais toujours pas mon permis de conduire malgré le fait que j'avais un fils de trois ans et que je n'étais pas au courant qu'elle avait bénéficié d'un nouvel appareil qui lui permettait d'entendre mais toujours pas de parler. Ce fut ma sœur qui me conduisit à mon petit appartement à peine meublés mes meubles arrivant sous peu. J'avais toute suite mis les pieds dans ma boutique avec Chad qui en petite tornade de trois ans s'était lancé dans une tirade dans son anglais hésitant sur comment on allait décorer la pâtisserie de maman. C'était dans cette même pâtisserie que j'avais revu mes adoptifs pour la première fois en deux ans. Parce qu'ils n'avaient pas eu le temps de venir me voir à Paris... même le temps d'un week-end. Pourtant, la semaine avait passé et de savoir Théo dans la même ville que moi avait eu un gout de torture. Le savoir là tout près de moi accessible et de ne pas avoir le courage de retentir sur le pas de sa porte me tétanisait. Ce n'était plus moi... c'était cette adolescente renfermée sur moi qui réapparaissait. Ma pâtisserie avait ouvert à l'intérieur de deux semaines. Et mon premier réflexe avait été d'envoyer une simple petite boîte de pâtisserie. Une petite boîte pleine d'amour au bureau de Théo. Quelque chose pour le troubler. Pour le forcer à venir voir ici. Et une semaine passa, une autre et une autre sans aucune nouvelle. Et je signais la petite carte d'un petit R comme ces cartes qu'il n'avait pas reçues plus sporadiquement depuis la naissance de mon petit Chad.

Il était bientôt cinq heures et je préparais ma fermeture. De toute façon, Chad, les doigts pleins de chocolat gracieuseté du fameux "plusse meilleur glaçage de l'univers que ma maman fait" tentait tant bien que mal de m'aider. Première étape: passer un linge sur le visage de mon petit ange qui dans trois minutes de toute façon demanderais pour aller jouer avec le petit voisin du haut, un certain Thomas, aussi roux que blond était mon fils. Deuxième étape: ramasser le dégât qu'avait fait Chad avec toutes ses meilleures intentions de m'aider. Je ne pensais sérieusement pas que l'on pouvait mettre autant de sucre partout en faisant du glaçage. C'était au moins un peu moins comme si un ouragan était passé dans ma cuisine comme il fut le cas lors des brioches de samedi dernier. Troisième étape: passer un bon balai. Si j'étais couverte de farine et de sucre, ce n'était pas grave, une bonne douche chaude m'attendait après au troisième étage. Je m'appliquais à nettoyer une tache sur le sol avec une attention particulière lorsque la sonnette signalant l'arrivée d'un client retentis. Je pris quelques secondes me retourner



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MessageSujet: Re: La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)   Dim 25 Aoû - 16:07

Ça avait commencé par une boîte. Une simple boîte rose pâle où s’étirait fièrement en lettres bordeaux Rose’s turn, le nom d’une pâtisserie au vu de la boite. Chez n’importe quelle personne normale, le premier réflexe aurait été de l’ouvrir pour voir quelles douceurs appétissantes elle contenait. Mais chez aucune personne normale le nom sur la boite n’aurait évoqué autant de choses et eut un tel effet que sur moi. Je me figeai et m’assit doucement sur ma chaise en regardant les lettres bordeaux qui faisaient ressurgir des souvenirs en moi comme la mer qui ramène sur le rivage des trésors que même les gens ont oubliés au fil du temps. Je revis tout tellement clairement dans ma tête. Comme un film retraçant les huit années extraordinaires passées avec ma meilleure amie avant cette séparation qui durait depuis maintenant treize ans. La première fois que je l’avais vu, le jour de notre entrée en 6ème, lorsque je m’étais retrouvé assis par hasard à côté d’elle ; le mois qui avait suivi, où je la regardais souvent, absorbée dans ses livres ou sa console, sans oser l’aborder , impressionné et timide, me contentant de « bonjour » ou «à demain » poli ; et puis cet exposé, où tout le monde s’était rapidement mis par deux, nous obligeant à nous mettre à deux et aller plus loin dans nos échanges que de simples formules de politesse. Puis ce furent nos moments merveilleux en tant que meilleurs amis officiellement déclarés comme tel « à vie » qui ressurgirent. Les après-midi géniaux que nous passions chez l’un ou chez l’autre ; les petits sourires malicieux échangés en classe quand nous avions une envie irrépressible de parler mais que nous arrivions à nous comprendre sans mots ; les week-end et après-midi passés à bosser ensembles… Et puis cet après-midi… Celui où tout avait basculé. Je revis son sourire, timide, gêné, mais angélique et auquel je n’avais pas pu résister, ma main qui trouvait la sienne, chaude, et finalement nos lèvres se trouvant comme si elles n’avaient attendues que ça tout ce temps… Fermant les yeux, je revécus cette année merveilleuse. Tout semblait possible. Nous nous aimions et aucun projet ne paraissait irréalisable, aucune idée trop saugrenue ou ambitieuse. Je me souvins de la sensation merveilleuse de la tenir dans mes bras, lovés à deux dans le canapé lors de nos grandes discussions sur l’avenir, du goût de ses lèvres, douces et chaudes contre les miennes, de ses sourires qui me provoquaient des bonds dans l’estomac et me faisaient fondre… Et puis, comme c’était la suite, illogique dans le fond mais logique dans le déroulé de mes souvenirs, je revécus cette nuit horrible, celle où mon monde (ou du moins une bonne partie de celui-ci) s’était écroulé et où j’avais connu pour la première (et dernière) fois la douleur d’un cœur brisé. Je revis ses yeux, brillants d’espoir lorsqu’elle m’avait tendu le billet, puis de tristesse lorsque je lui avais dit que je ne pouvais pas la suivre. Je la revoyais encore retourner, trempée, à la voiture et rentrer dedans, sans un mot ou un baiser. J’avais tellement regretté pendant ces deux mois. Et même les années depuis. Je me demandais souvent ce qui se serait passé si j’avais dit oui et l’avait suivi. Où serais-je maintenant ? Où en serions-nous maintenant ? J’essuyai doucement une larme qui venait de rouler sur ma joue et tentai de retenir celles qui mourraient d’envie d’imiter leur sœur. De toute façon c’était du passé. Je n’avais peut-être pas avancé au niveau sentimental depuis qu’elle était parti mais elle si. Elle avait sûrement rencontré quelqu’un. Peut-être était-elle-même déjà mariée et mère… A 31 ans c’était probable. Et elle ne se souciait plus du garçon de 16 ans qu’elle avait laissé derrière elle des années plus tôt. Elle avançait et m’oubliait, sinon comment expliquer l’irrégularité et la fréquence de plus en plus réduite de ses cartes ? Et même si ça me faisait mal, dans un sens je ne lui en voulais pas. Elle méritait de rencontrer quelqu’un et d’être heureuse et c’était à moi d’essayer d’avancer au lieu de rester bloqué comme un idiot dans le passé.

Je finis par ouvrir doucement la boite  et y trouvai ma pâtisserie préférée : un éclair à la crème et aux framboises. Je fus encore plus troublé et idée traversa mon esprit pendant une seconde. Et si c’était elle ? Elle seule aurait pensé à m’envoyer cette pâtisserie, si particulière, entre toutes. Elle seule savait que c’était ma préféré. Et puis il y avait le nom de la pâtisserie, si…évocateur. Arrête Théodore, m’ordonnai-je en secouant la tête. C’était idiot. Rose était…Dieu savait où, et jamais elle n’avait voulu devenir pâtissière. Mais alors de qui venait cette boite ? Ce n’était pas le genre de Garance, et je voyais mal Jeremy ou Maddy m’envoyer ça. Il n’y avait aucun mot, aucune indication sur la provenance de la boite. Je finis par la mettre de côté et me replongeai dans le travail. Ou plutôt essayai. Car cette boite m’obsédait, de même que son mystérieux expéditeur et le nom de cette pâtisserie. Je décidai d’y passer après le boulot mais, sans savoir vraiment pourquoi, au dernier moment je reculai et rentrai directement chez moi. Peut-être avais-je peur. Peur de découvrir que mon espoir était fondé ou au contraire que ça n’avait été qu’une idée stupide. Je m’assis dans le canapé et examinai l’éclair. Il était magnifique. Long, appétissant, avec du sucre glace sur la pâte, la crème pâtissière bien jaune et prometteuse d’un goût sucré excellent et les framboises posés dedans et dépassant de celle-ci comme un iceberg semblaient avoir été cueillies le matin même. Je le portai à ma bouche et croquai dedans avant de pousser un « mmm » de régal en fermant les yeux. C’était…c’était de loin le meilleur éclair à la crème et aux framboises que j’avais jamais mangé. Rose’s turn était à l’évidence une très bonne pâtisserie. Si seulement Rose, la mienne, avait été là pour manger ça avec moi…comme avant… Je ne pus retenir mes larmes et me recroquevillai dans le canapé, écrasé par le poids des souvenirs, de la culpabilité, du manque et d’une immense tristesse. Je pleurais longtemps cette nuit-là et parvint à peine à dormir.

Et puis la semaine suivante, une boite identique était arrivée. J’avais été encore plus troublé que la semaine précédente et ne cessait de m’interroger. Mais qui m’envoyait donc cette boite ? La question m’obséda toute la semaine sans que j’y trouve une réponse.

J’étais donc rentré de ma pause-déjeuner d’aujourd’hui avec anxiété, curieux de voir si une nouvelle boite m’attendait, ce qui était le cas. Mais en l’ouvrant, je trouvai une carte. Fronçant les sourcils, curieux, je la retournai et ce fut comme si la foudre venait de s’abattre sur moi. La carte ne contenait rien. Pas un mot, pas un nom. Mais une lettre. Si insignifiante en soi et pourtant tellement importante pour moi : « R. ». Alors c’était elle… Tout ce temps elle avait été là, à Londres, peut-être à quelques rues à peine d’ici, sans que je le saches. Je ne pus définir exactement quel sentiment prédominait mais mon esprit était parcouru de milliers d’émotions contradictoires et complémentaires : la joie, la colère, l’euphorie, la rancune, le soulagement, l’incompréhension… Je souris bêtement en m’asseyant sur ma chaise avant de me mettre à rire nerveusement mais aux éclats. Elle était là ! Rose était rentrée ! Et d’une manière ou d’une autre elle voulait sûrement que je vienne, sinon pourquoi m’aurait-elle enfin fait comprendre que c’était elle ? Parce que tu es un idiot qui ne voulait pas le comprendre ! m’hurla ma conscience. Mais même si elle ne voulait pas que je vienne, je devais y aller. L’idée qu’elle était là, si proche de moi depuis tout ce temps sans même que je le sache et puisse la voir me rendait dingue. Je devais la voir, c’était un besoin vital pour moi. Quitte à souffrir en la voyant mariée et heureuse avec un autre que moi. J’y aurais bien foncé tout de suite mais après avoir croisé mon patron me dit qu’il valait mieux attendre 17h. Les heures ne me parurent jamais passer si lentement et lorsque 17h arriva, je sortis de Scotland Yard en quatrième vitesse avant de foncer vers la pâtisserie, risquant à plusieurs reprises d’avoir un accident.

Mais une fois devant, je restai dans la voiture, pétrifié. Et si je faisais fausse route ? Si elle n’avait aucune envie de me revoir et m’avait juste envoyé ça…en souvenir du passé, comme on regarde une vieille photo avant de fermer l’album et de l’oublier définitivement ? Il fallait être réaliste, treize ans avaient passés… Je ne devais plus être qu’un lointain souvenir pour elle. Un garçon de trois ans son cadet qui avait été son meilleur ami d’enfance et son premier amour mais n’était plus qu’un mirage pour elle… Pourquoi se soucierait-elle encore de moi ? Avec tous ses voyages elle avait tout vu du monde, avait sûrement trouvé la bonne personne, fait sa vie… Peut-être n’avait-elle aucune envie de voir ressurgir le passé. J’étais sûrement le seul à le vouloir.
Je ne sais pas trop ce qui décida mon cerveau à finalement décider de sortir mais deux minutes plus tard j’entrais dans la pâtisserie. Pâtisserie qui ressemblait étonnamment à la cuisine après nos propres exploits culinaires quand nous étions ados. Il y avait du sucre, de la farine et du glaçage partout. Et quelqu’un sur le sol qui nettoyait. Je sentis mon cœur se serrer et se mettre à battre à en sortir de ma poitrine. Je ne voyais pas son visage car elle était dos à moi mais je le savais. C’était elle. Je restai figé sur le pas de la porte, ne sachant pas quoi dire ou faire. Puis elle se retourna et mon cœur se mit à battre plus vite encore tandis que mon souffle se faisait plus court et mes mains moites. Elle n’avait pas changée. Bien sûr on voyait qu’elle n’avait plus 18 ans (ce serait romanesque, romantique et faux de prétendre le contraire), mais elle avait toujours les mêmes yeux marrons magnifiques, les mêmes lèvres roses et attirantes, la même expression à la fois tendre et déterminée… Ma Rose… La revoir après tant d’années…c’était comme un rêve qui devenait réalité. Nous avions tous les deux bien grandis mais j’étais devant elle aussi vulnérable que l’adolescent de 16 ans qu’elle avait quitté. Je ne savais pas quoi faire et me mit à jouer nerveusement avec ma chevalière tandis que mes jambes, qui m’avaient si bien portées dans les escaliers du Yard, semblaient s’être depuis prises dans du béton. Elle était là. Je n’avais qu’un pas à faire pour être près d’elle. Comme j’en avais si souvent rêvé toutes ces années. Et pourtant je restai là, tétanisé, sur le pas de la porte. Alors que mon corps entier hurlait d’avancer et de la prendre dans mes bras. De la serrer contre moi avec cet amour qui ne m’avait jamais quitté et de lui murmurer « Tu m’as tellement manqué… Je t’aime…. ». Je voyais cette scène tellement clairement dans ma tête. Mais mon cerveau retenait mon corps et je ne pouvais que la contempler du regard, m’émerveillant devant sa beauté qui n’avait pas diminuée, au contraire. Comme je le savais déjà ado, elle était devenue une femme magnifique. Elle avait forcement trouvé quelqu’un, pensai-je avec un pointe d’amertume. Aucun homme ne pouvait résister à une beauté pareille, surtout s’il l’avait vu sourire et rire.
Je plongeai mon regard dans le sien et m’entendis dire, d’une voix faible et tremblante

- S…salut…

J’aurais voulu trouver quelque chose de mieux à dire après tout ce temps mais était trop choqué pour dire quoi que ce soit d’autre, ni même avancer vers elle.

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MessageSujet: Re: La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)   Ven 30 Aoû - 3:12




T'avais des clôtures plein les dents
La première fois que je t'ai vu

On gèle devant quelque chose que l'on attend}Cette stupide tache ne voulait simplement pas partir avec la vadrouille. C'était tout simplement frustrant. Horriblement et terriblement frustrant. Sûrement un truc que Chad avait échappé pendant qu'il dînait et que je n'avais pas remarqué. À voir la couleur, c'était le fameux jus de triple baies dont mon petit chéri était tout simplement fou d'amour. Soit ça ou du sang. Maudissant le moment d'occupation du midi qui rendait mon fils incontrôlable par moment, je finis par aller chercher le seau d'eau à l'arrière-boutique, le super détergeant ultra-puissant capable de venir à la fin des horribles dégâts de mon fils et le linge. Je me mis à quatre pattes et j'entre pris avec une patience de moine de nettoyer le sol.

J'avais beau avoir un fils, cette boutique, c'était mon deuxième bébé. Quelque chose que j'avais espoir réussirait à trouver Théo et à me le ramener. Ma grand-mère disait qu'il fallait savoir prendre un homme par l'estomac pour pouvoir se faire pardonner nos plus grandes erreurs. Et j'avais beau lui expliquer que Théo n'était pas comme ça... Elle tenait mordicus à sa théorie. Dans l'espoir qu'il vienne un jour me voir, je m'arrangeais toujours pour que ma boutique soit impeccable. J'avais eu la même chose qui m'avait passé dans la tête quand j'attendais sagement mon fils. En attendant qu'il pointe son petit nez, j'avais nettoyé de fond en comble la maison. Combien de fois est-ce qu'Élise m'avait engueulé parce qu'elle me retrouvait à quatre heures du matin une éponge à la main en train de laver un coin du carrelage parce qu'en pleine insomnie j'avais réalisé qu'il y avait une tache microscopique juste sur la base du lit du bébé? Bien trop de fois. Ironiquement mon fils m'avait appris que de garder la maison impeccable était entièrement impossible. Sa curiosité m'avait appris que peu n'importe comment un plancher était lavé, il n'en fallait pas très long pour que des petits pieds curieux viennent tout salir et que des petites mains trouvent un vieux bas caché dans un pli du sofa.

C'était humain un peu de bordel, ça venait avec la vie. Life is messy. Les enfants se laissaient traîner. Dans mon petit bureau, je savais que Chad avait laissé ses crayons de cire partout au-dessus des croquis de mon nouveau livre. Je savais très bien que demain, quand je me lancerais dans le ménage vers cinq heures en commençant à travailler, je jurerais qu’une petite tornade était passée dans mon bureau. Je trempais l’éponge dans l’eau et je renversais un peu de salon sur la tache. Visiblement, j’avais beaucoup de travail à faire. Je me demandais même parfois s’il ne serait pas une meilleure idée que mon fils commence à fréquenter une école. Je ne pensais pas pourtant que mon fils était prêt pour aller à l’école. Son anglais n’était pas encore assez fort. Il parlait mieux le français qu’il ne parlait anglais. Je préférais travailler entre deux clients à m’assurer qu’il puisse être compris par tout le monde. Je venais à peine de me mettre à genou sur le sol et de commencer à frotter avec un acharnement sur l’horreur qui ornait mon carrelage que la clochette signalant l’entrée d’un client sonna. Tant pis, il attendra un petit instant. Je poussais un petit cri d’excitation lorsque la tache finit par céder. Peu n’importe qui tu es, lèves ta main et crie victoire. Je finis par me relever. Ma main droite qui avait servi à enlever le morceau de je-ne-sais-quoi collé au carrelage fut essuyé sur mon tablier. Il avait besoin d’être nettoyé de toute façon. Je me retournais vers la personne qui venait d’entrer.

Et il me fallut quelques secondes pour réaliser ce qui se passait. Quelques secondes pour réaliser qui venait de rentrer dans ma boutique. Un grand mec que j’avais tellement attendu. Quelqu’un que j’avais un jour perdu de vue et attendu pendant si longtemps pour le voir revenir vers moi et le serrer vers moi. Trois boîtes que j’avais fait porter à mon livreur Alejandro. Trois boîtes qui contenaient plus d’amour que ce que je n’avais jamais pensé ressentir dans une vie. Trois boîtes pleines d’un amour que treize longues années d’absences n’avaient pas réussi à effacer de ma tête, de mon corps, de mon ventre. Un sourire qui n’avait pas changé d’une miette. Soudainement, je figeais en le regardant.

Et pourtant... pourtant, même si j'avais tellement voulu que ce moment-là se produise. Que j'avais espéré pendant le mois entier qui avait suivi mon retour de foncer par hasard dans son panier à l'épicerie, de m'incruster au Yard pour aller le voir ou même de le voir arriver par magie dans ma boutique... je n'arrivais pas à formuler une seule et unique pensée face à ce que je ressentais en ce moment. On n’oublie jamais vraiment son premier amour. Jamais notre premier baiser. Jamais la première fois où maladroitement on s'est abandonné au corps d'un autre. Un grand frisson parcouru mon corps. Comme saturée. Il avait dit un simple petit salut. Un salut hésitant. Et me voilà en territoire connue. Paralysée comme lorsque j'avais posé le pied pour la première fois sur le sol français et que je m'étais laissé submerger par tout cet inconnu qui m'entourait d'un brouhaha rassurant. Sa voix avait changé, elle était un peu plus mature que quand je l'avais quitté... ou était-ce peut-être le fruit de treize ans à ne pas me rappeler de lui.

Mon regard le détaillait de la tête aux pieds. Des pieds à la tête. Lentement, ma langue passa sur mes lèvres. Il avait bien vieilli, mieux que ce que j'avais imaginé pendant toutes ses années. Ironique, je m'étais dit que s'il était pour être avec une autre femme que moi, il serait nécessairement moins beau. Mais c'était une erreur de penser ainsi. C'était simplement parce que cela faisait moins mal. C'était le genre de chose que j'espérais secrètement qu'il n'avait pas pensé de moi pendant mon absence. Pourtant, j'étais plus à blâmer que lui - parce que, moi, j'avais fait un bébé avec un autre homme que lui. Il n'avait pas l'air d'un père. Il avait l'air d'un grand adolescent. Ses cheveux étaient ébouriffés. Il avait un regard si magnifique. Des yeux dans lesquels j'aurais aimé courir pour aller me perdre. De la même couleur que le tapis marocain qui était dans mon salon. De la même couleur que les arbres de cette forêt sénégalaise. Et je n'arrivais pas à le lire comme lorsque l'on s'était quitté. Je ne savais pas s'il était simplement fâché, déçu ou heureux de me voir. Moi, je ressentais un certain besoin de courir vers lui. J'avais envie d'aller me blottir dans ses bras. D'aller cueillir sur ses lèvres un nouveau premier baiser pour compenser celui que je n'avais pas donné le soir où j'étais partie en brisant deux cœur d'un coup sec. D'éclater de rire en voyant qu'il était vraiment là. De lui mettre du glaçage sur le nez comme lorsque l'on faisait lorsque l'on cuisinait ensemble en riant dans la cuisine de mes parents. Je sentis le linge que je tenais dans mes mains tombés sur le plancher. Un petit son, à peine plus grand qu'un pet de souris, surgit lorsqu'il heurta le sol.

Prenant tout mon souffle, j'ouvris la bouche et à mon tour, je m'essayais pour parler. Juste former une petite phrase. Mais les mots ne vinrent pas au premier coup. Il me fallait un sujet. « Je... Salut... » Non, "je" n'était pas le bon prénom pour commencer cette phrase. Pas, la première phrase qui serait dite entre nous deux après trop de temps passé entre deux vrais échanges. J'ouvris à nouveau la bouche. Des tas de pensées se succédaient. Des tas de choses que je n'avais pas osé dire au courant des diverses lettres que je lui avais envoyés. Des choses que j'aurais aimé avoir eu le courage d'écrire à l'endos d'une carte postale simplement signé de la première lettre de mon prénom. Comment j'étais sûre qu'il aurait aimé sentir le chaud soleil du Maroc contre son cou. Comment j'aurais aimé qu'il soit là à la naissance de mon fils. Comment il m'avait manqué. Comment un coucher de soleil était magnifique sur la mer en Grèce. Comment la seule chose qui manquait la plupart du temps à ses expéditions de reconnaissances pour qu'elles soient parfaites, c'était son rire. Combien j'étais désolée pour tout le mal que je lui avais fait... m'excuser, c'était peut-être la meilleure option pour recommencer avec lui... pour regagner sa confiance. Même si cela me blessait d'admettre que j'avais eu tort en fuyant car, à l'époque, j'étais jeune, idiote et riche. Et les mots qui franchirent mes lèvres, entaillèrent profondément mon orgueil. « Théo... je... je m'excuse, de t'avoir laissé tout seul, sur le paillasson. Je... Je ne partirais plus. C'est promis. » Ce n'était pas lui qui avait des problèmes avec l'abandon, c'était moi pourtant... et c'était moi qui jurait de ne plus jamais l'abandonner. Peut-être bien parce qu'il avait l'air tout aussi perdu que moi quand j'avais atterris sur le porche de ma famille adoptive. Peut-être bien parce que je savais simplement comment cela faisait mal que de se faire abandonner. Je n'osais pas faire un pas en sa direction. Pas aller blottir ma tête dans son cou. J'avais peur de le faire fuir au simple petit geste. Alors, je décidais d'attendre avec angoisse sa réaction.
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MessageSujet: Re: La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)   Mar 3 Sep - 15:28

J’attendais. Avec angoisse. Appréhension. Sans savoir ce qu’elle allait répondre. Ce qu’elle allait faire. Complétement paralysé par la peur. Comme un ado. Et comme elle. Parce que nous avions beau avoir 28 et 31 ans, là, maintenant, face à face après toutes ces années, nous étions aussi gauches et vulnérable que les adolescents que nous étions treize ans auparavant. Mon regard plongé dans le sien, je la voyais me détailler de la tête aux pieds. Je jouais encore un peu plus avec ma chevalière en baissant le regard. Etait-elle déçue ? J’avais relativement peu changé depuis mon adolescence. Ellie, une de mes cousines, disait que j’étais resté un grand ado sans jamais arriver à la phase « homme ». Et elle avait peut-être raison. Je ne faisais pas aussi…comment dire ?... Certains auraient dit « viril » mais ce n’était pas le mot adéquat. Disons juste que je faisais moins « homme » et plus « grand ado » que la plupart des hommes de mon âge. Peut-être Rose était-elle déçue. Peut-être durant toutes ces années, si tant est qu’elle ait pensé à moi au point d’imaginer à quoi je pouvais ressembler maintenant, elle m’avait imaginé plus… Enfin moins comme j’étais là. Elle s’attendait peut-être à un homme grand, fort, avec une voix bien grave et un air sérieux d’homme d’affaire, habillé d’un costume-cravate. Manque de chance j’étais aussi fin qu’à mon adolescence, ma voix était toujours aussi aigue et loin d’être un homme d’affaires bossant à la City, je n’étais qu’un officier du Yard qui s’occupait de la cybercriminalité. Le seul point qui pouvait coller était le costume. Mais je doutais que les hommes d’affaires de la City les porte avec des converses… Oui, il y avait des chances qu’elle soit déçue, et au fond je ne pouvais l’en blâmer.

- Je... Salut...

Je relevais les yeux vers elle, le cœur battant toujours aussi vite. Sa voix…. Elle n’avait définitivement pas changée… Réentendre sa voix après toutes ces années… C’était comme un souffle d’air après être resté en apnée trop longtemps. Je ne sais pas exactement pourquoi mais j’avais eu peur de l’entendre et…Et en fait je revivais juste avec ces deux mots. Je me mis à sourire timidement, comme un idiot.

- Théo... je... je m'excuse, de t'avoir laissé tout seul, sur le paillasson. Je... Je ne partirais plus. C'est promis.

Apparemment, autant j’avais des problèmes à parler et ma bouche ne m’avait jamais semblé si sèche, autant Rose semblait s’en tirer mieux que moi. Mais je ne savais que penser de ses paroles. Elle s’excusait. Comme si elle avait à s’excuser d’avoir voulu partir. Ce n’était pas sa faute si j’avais été trop lâche pour la suivre. Mais l’image utilisée était bonne. Je ne m’étais jamais senti si abandonné de toute ma vie. J’avais eu l’impression d’être un vieux mouchoir jeté à la poubelle, abandonné comme un moins que rien sur le pas de ma propre porte, sans même un baiser ou une parole. J’avais lu une fois qu’il y avait 5 étapes au deuil amoureux, au même titre que le deuil d’une personne décédée. La première était la dévastation. Je l’avais vécu un long moment. J’avais passé un bon mois à pleurer Rose jour et nuit, me refermant dans ma chambre, ne mangeant plus beaucoup et ne parlant quasiment à personne. J’avais l’impression que je n’allais jamais m‘en remettre. Ensuite venait le temps du « sevrage ». En résumé c’était la période où l’on avait l’impression d’être en manque de la personne aimée comme d’une drogue. Celle où je fonçai à la fenêtre dès que j’entendais quelqu’un approcher dans l’espoir de la voir revenir. Celle où j’aurais tout donné pour pouvoir l’appeler, lui envoyer un texto, un mail, une lettre. Rester en contact avec elle… Mais elle n’était jamais revenue. Et puis alors que j’étais rentré dans la troisième phase, l’intériorisation, j’avais reçu sa première carte. Et alors que j’étais dans une période où je me disais toujours « j’aurais dû aller avec elle » et où je me disais que je ne retrouverais jamais personne, que je ne voulais de toute façon retrouver personne d’autre qu’elle, cette carte de Berlin m’avait réconforté.  Heureusement la rentrée avait fini par arriver et avait facilité la transition dans la phase « je vais repartir à zéro et m’en sortir». Je n’étais pas reparti de zéro bien sûr, mais j’avais changé d’environnement et avait été occupé, ce qui m’avait fait du bien. En théorie, la dernière étape était celle du relèvement, de l’acceptation de la perte de l’être aimé, mais… je n’y étais jamais arrivé. Je n’avais jamais oublié Rose, jamais réussi à avancer sur le plan amoureux après elle… Alors la revoir et réentendre sa voix après tout ça…  J’avais pensé que j’aurais mal mais finalement c’était tout le contraire et je sentais mon cœur se réchauffer doucement. J’avançais timidement vers elle mais m’entendis répliquer un peu méchamment avec ironie et amertume.

- C’est une bonne nouvelle ça

Je relevais les yeux vers elle, désolé et mal,catastrophé par ce que je venais de dire.

- Je…désolé, c’était pas… !! c’était pas ce que je voulais dire…

Non, mon cerveau avait juste parlé avant que je puisse réfléchir. Je venais de la retrouver après toutes ces années et j’étais déjà en train de tout gâcher sans même le vouloir. J’avais juste envie de la serrer dans mes bras et de l’embrasser mais une partie de mon cerveau lui en voulait toujours de ce qu’elle m’avait fait il y a treize ans. Je soupirai

- Je suis désolé, je…je sais pas trop quoi dire… ça fait treize ans que je pense à ce moment et…et je sais plus quoi faire… Tu…tu es revenue depuis longtemps ?, demandai-je doucement en espérant qu’elle ne m’en voudrait pas de la façon peu sympathique dont je venais de lui parler.

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MessageSujet: Re: La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)   Sam 5 Oct - 0:04




Tu jouais encore avec ta fronte,
Je jouais encore à la marelle

et que l'on ne sait pas comment affronter}En treize ans, beaucoup avait changé à Londres. Certains immeubles qui avaient marqué mes paysages d'enfants avaient été détruits pour laisser place à des constructions à la fin pointe de la technologie. Le vieux marché avait perdu bien des marchands que ma mère aimait bien voir à tous les dimanches. Le grand manège en bois de mon enfance dans le parc avait été remplacé par une construction en métal aux couleur vives qui avait éclairé le visage de mon fils et qui m'avait soulagé - il ne risquait pas d'écharpe comme ça. Et si l'environnement de mon enfance avait changé, que pouvais-je dire des gens? Je savais juste à regarder mon petit Chad que l'humain change si vite. Une journée, il pouvait jure que par les carottes pour leur vouer une haine sans nom le lendemain. Naomi avait un appareil. Mes parents avaient complètement changé de vocation... Et devais-je l'admettre? J'avais aussi profondément changé pendant ces treize ans. Dans ma quête pour trouver ma place dans ce monde, j'avais dû trouver la base de mon identité. Mais c'étaient toutes les rencontres que j'avais faites dans des conditions si différentes les unes des autres qui m'avaient le plus changé. À dix-huit ans, j'étais perdue et foncièrement égoïste. Je ne savais rien sur ma vraie famille, sur mes origines, sur ce qu’avaient fait mes parents... Et j'étais sûre que de savoir m'aiderait à comprendre qui j'étais. Ce français m'avait appris que fuir n'était pas la bonne option. Ce marocain qu'il y avait toujours quelqu'un qui avait plus besoin d'aide que nous. Ce grec que l'amour se cachait parfois à des places inattendues. Cet allemand que l'engagement pouvait aider une communauté entière. Ma grand-mère m'avait appris à pardonner autrui... Mais surtout à me pardonner moi-même. Mon petit prince m'avait appris un tas de choses: l'amour, la patience, l'attachement à quelqu'un d'autre et le fait que l'on est bien que chez soi. Et j'étais revenue à la maison.

Je ne savais que trop bien que je pouvais faire comme si j'étais la seule à avoir changé pendant tout ce temps. J'étais certaine que plus grand chose ne ressemblerait à ce que j'avais connu avant. Mais j'avais espoir de ne pas trop avoir fait en sorte que mon absence ait changé les gens qui m'étaient si important. Je savais pourtant que j'aurais tord pour une seule et unique personne. Mon beau Théodore, mon seul et unique amour avant la vie de mon fils. Et la seule chose que j'avais dit face à son image, face à son regard qui m'avait tant manqué au courant de ces treize dernières années. Des erreurs que j'avais faites me menait à m'excuser. « C’est une bonne nouvelle ça.» À dix-huit ans, j’étais trop égoiste pour voir combien je lui avais fait mal. Le cœur de Théo avait été amoché par mon départ. Passablement amoché par moi. Pour quelqu’un qui craignait l’abandon, j’avais pas mal été l’adulte qui avait foutu le camp. La grande méchante de toute cette histoire. Je comprenais l’amertume qu’il venait de déverser sur moi. Je la méritais à la perfection. Je méritais une gifle pour mon audace de revenir ici en espérant que tout serait exactement comme avant, comme il y avait treize ans ou presque. « Je… désolé, ce n’était pas… ! Ce n’était pas ce que je voulais dire…» Il s’excusait en me faisant ce petit regard de chien battu qui me réchauffa le cœur. Je… je ne pouvais simplement pas lui en vouloir. Sa colère je la prendrais comme je prendrais. Je la méritais. Je méritais qu’il me crie dessus. Qui avais-je été pour me faire tous ses scénarios dans ma tête? Une fois sur deux, quand il arrivait, il était célibataire et il venait m’embrasser comme si on ne s’était quitté qu’hier. Comme si je n’avais rien fait de mal. Comme si… comme si rien des treize dernières années ne s’était produit. Je sentais sa main se mettre dans mes cheveux. Une fois sur deux, ce baiser se rendait plus loin qu’un simple échange de salive. J’en oubliais presque que j’étais une mère dans ce récit de ce nous qui me manquait si amèrement. Le voir était comme de reprendre une première respiration après treize années passées sous l’eau. Mais pourtant, je n’osais pas bouger, pas parler trop. Je ne savais plus le lire comme avant. Et tout ce que je comprenais c’était qu’il était amer et tout aussi perdu que moi face à cette situation.

« Je suis désolé, je… je sais pas trop quoi dire… ça fait treize ans que je pense à ce moment et…et je sais plus quoi faire… Tu…tu es revenue depuis longtemps ?»

Il y avait tellement plus à dire qu’un simple je m’excuse. Il y avait ce vide d’information. Si Naomi avait pu me donner quelques informations, je savais très bien que Théo ne savait rien de plus que les quelques indices sans mots d’explication que je lui avais envoyé au courant des années. Il y avait néanmoins des trous dans ce récit, donc le fait que j’étais maman. J’avais pratiquement pensé lui envoyer une des premières chaussettes de mon fils, mais j’avais peur qu’il croit que j’avais tourné la page sur ce nous qui fut pendant longtemps.

« C’est bien que tu y penses depuis treize ans… Parce que je dois avouer que j’y ai souvent pensé pendant toutes ses années… surtout les quatre dernières années. De revenir à la maison. De… de toquer à ta porte. Je…» Je savais qu’il me faudrait travailler fort pour pouvoir regagner sa confiance. Alors pourquoi ne pas commencer par lui ouvrir la porte et lui tendre la main? Pourquoi ne pas prendre le temps de savoir ce qu’il était devenu. D’apprendre à connaître l’homme qu’était devenu l’adolescent que j’avais abandonné avec la froideur de ma neuvième famille d’accueil? J’allais chercher pendant quelques instants son regard. Mais malgré le fait qu’il était doux et qu’il s’était excusé, j’avais quand même peur. J’avais été marqué par ma tumultueuse relation avec le père de mon fils. « Je… C’est correct que tu sois fâché contre moi. » J’avais besoin de lui dire que je comprenais. Que j’aurais agi de la même manière et peut-être même pire. Mes parents ne m’avaient pas abandonné, mais des tonnes de parents d’adoptions qui avait filé plus vite dans ma vie qu’une étoile filante l’avait fait. Et certains… certains, je leur en voulait encore de ne pas avoir voulu de l’enfant que j’étais et qui méritait d’être aimé et protégée. « Je suis revenue il y a à peine deux mois… Il fallait que je trouve comment t’aborder. Et il fallait que je m’occupe de Chad et de notre boutique.» J’espérais simplement qu’il comprendrait pourquoi j’avais hésité si longtemps avant de faire un premier petit pas vers lui. Avant de mettre sur la boîte, le fameux petit R qui avait été le premier et seul symbole que j’étais simplement incapable de l’oublier… Simplement capable de tourner la page.


[hj: en espérant que l'attente en valait la chandelle.]
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MessageSujet: Re: La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)   Dim 20 Oct - 11:35

Je n’avais toujours pas bougé, et elle non plus. Comme si aucun de nous deux n’osait vraiment approcher, paralysé par la peur et la culpabilité

- C’est bien que tu y penses depuis treize ans… Parce que je dois avouer que j’y ai souvent pensé pendant toutes ses années… surtout les quatre dernières années. De revenir à la maison. De… de toquer à ta porte. Je…

Alors elle y avait pensé aussi… Elle ne m’avait pas oublié et elle avait espéré revenir un jour elle aussi… Cette pensée me réchauffa un peu le cœur. Je n’avais pas espéré pour rien, et malgré mes craintes, elle ne m’avait pas oublié. Mais je ne sais pas comment j’aurais réagi en la voyant arriver devant ma porte. Peut-être cette manière de se revoir était mieux. Moins brutale. Tant pour elle que moi. Je croisai brièvement son regard sans savoir quoi répondre. Que pouvais-je dire ? Heureusement ce fut elle qui reprit

- Je… C’est correct que tu sois fâché contre moi.

Correct ?? Alors elle ne m’en voulait pas ?? Je lui avais parlé de manière totalement froide et amère après treize années sans nouvelles ou presque et sans entendre sa voix et…Et elle ne m’en voulait pas ?? J’étais soulagé mais plus que surpris. Mais en même temps, c’était Rose. Ma Rose… Totalement imprévisible… Enfin dans un sens il valait mieux ça que de commencer à se disputer à peine retrouvés…

- Je suis revenue il y a à peine deux mois…, me répondit-elle. Il fallait que je trouve comment t’aborder. Et il fallait que je m’occupe de Chad et de notre boutique.

D’un coup, tout mon soulagement retomba. Chad…. Alors elle était mariée… Comme je l’avais craint toutes ces années, elle ne m’avait peut-être pas oublié mais elle avait refait sa vie…. Peut-être même qu’ils avaient des enfants… Je ne sais pas pourquoi ça me faisait si mal. Cela faisait 13 ans… Nous n’étions que des ados à l’époque… Il était logique qu’en grandissant elle ait fait sa vie. On ne restait jamais avec son premier amour de toute manière. Il n’y avait qu’un idiot comme moi pour rester attaché au passé. Mais le fait est que la simple évocation de ce prénom masculin fut comme une deuxième coup porté à mon cœur brisé qui venait de se recoller en la voyant et avait explosé de nouveau. Je mis quelques secondes à répondre

- Je…je vois oui… Je comprends, c’est normal… D’ailleurs vous avez fait du super travail. Votre boutique est magnifique et…et ton éclair était délicieux. Le meilleur que j’ai jamais mangé…

Je ne savais pas si en général c’était elle ou Chad qui préparait les pâtisseries mais je savais qu’elle aurait voulu faire elle-même celle qu’elle m’avait envoyée. Je cherchais quelques secondes comment briser ce silence gênant qui s’installait puis finit par dire doucement

- Tu ne m’avais jamais parlé de devenir pâtissière… Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu t’éloignes autant du domaine scientifique ?

Bon on avait vu mieux mais c’était le mieux que je pouvais faire là tout de suite. Et puis c’était la voie qui semblait toute tracée pour elle. Comme pour moi. Elle était vraiment brillante en sciences et elle aurait pu faire n’importe quoi. Alors qu’est-ce qui s’était passé pendant son voyage pour qu’elle en vienne à vouloir devenir pâtissière ?

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MessageSujet: Re: La Lune et le Miel (PV Théo chéri de mon coeur)   Lun 21 Oct - 1:53




Quand on s'est promis mer et monde
Et puis la lune et puis le miel

quelque chose qu'il nous faut nécessairement imaginer}Pendant treize ans, j’avais eu amplement de temps. J’avais eu du temps pour réfléchir. J’avais eu du temps pour m’imaginer. J’avais réfléchi sur ses adieux bâclés, sur les adieux qui auraient dû être, sur les arguments que j’aurais dû sortir pour le forcer à me suivre à venir avec moi jusqu’au bout du monde et sur ce que j’avais malheureusement dit ce soir-là sous l’impact de la déception, sous le fait qu’il ne pouvait pas être aussi spontané que moi parce qu’il n’avait pas vécu la même chose que moi. Pendant treize ans, j’avais eu le temps d’écrire. Il y avait dans une boîte dans mon appartement de longues lettres. Des nouvelles à profusions. Des souvenirs de voyages qu’un simple petit souvenir acheté ne pouvait lui transmettre. J’avais tenté de mettre par écrit la couleur de ce petit marché que j’avais découvert dans le coin de Rabat, de décrire un coucher de soleil au Sénégal, de lui permettre d’imaginer le mélange des odeurs dans ce petit marché où ma grand-mère m’amenait faire les courses, de lui expliquer comment anxieuse je me sentais face à ma première grossesse et de lui dire comment seule je me sentais à l’approche de sa naissance. Pendant treize ans, je n’avais pas su réunir assez de courage ni pour envoyer une lettre ni pour les détruire. Elles auraient faites un bon roman. Pendant treize ans, je m’étais imaginé cette rencontre. J’avais eu le temps de m’imaginer tous les scénarios possibles et inimaginables… Mais je ne savais pas dans quelles versions de ce récit je me trouvais. J’espérais simplement qu’elle se finisse bien. « Je…je vois oui… Je comprends, c’est normal… D’ailleurs vous avez fait du super travail. Votre boutique est magnifique et…et ton éclair était délicieux. Le meilleur que j’ai jamais mangé… »

Si j’avais eu quelques informations sur Théodore, sa vie et son parcours, j’oubliais qu’il ne savait que sur ce que j’avais vécu au courant des dernières années. Il avait une vague idée de ces paysages formidable que j’avais vus. De ces personnes extraordinaires que j’avais rencontrées en cours de parcours. De ces gens qui recevaient encore parfois des nouvelles périodique de moi et qui savaient que maintenant je savais. Après avoir mentionné Chad, je n’avais pas réalisé sur le coup que je lui parlais de quelque chose de totalement inconnues. Chad, c’était un nom d’homme, un nom de mari, un nom d’une possibilité effrayante que j’ai réussi à tourner la page… J’aurais tellement voulu pouvoir le faire… Mais une maxime disait que l’on n’oublie jamais son premier amour… Je ne savais pas s’il était vrai pour tout le monde, c’était vrai pour moi. Je ne trouvais toutefois aucune force de lui dire. « Tu ne m’avais jamais parlé de devenir pâtissière… Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu t’éloignes autant du domaine scientifique ? » Je souris cherchant par où commencer. C’était un long chemin. Un chemin tortueux que je ne connaissais même pas par cœur. Je m’étais laissé porter par le temps. Influencée par les événements du quotidien. Bohémienne en une certaine manière, c’était ce que j’avais été. J’aurais pu pendant longtemps être encore comme ça, mais j’étais tombé amoureuse une fois… ou du moins j’avais cru l’être. Assez pour donner une partie de mon corps… Et pourtant, je ne regrettais rien. Je retrouvais soudain un peu de convenance. J’avançais un peu vers lui. Un petit pas. Doucement, je replacais une longue mèche de cheveux blonde derrière mon oreille. « J’ai dû grandir assez vite à l’âge de vingt-cinq ans. Je n’avais pas le temps pour de hautes études. Le père de Chad m’a laissé tomber après que la capote a brisé. J’ai eu besoin d’argent. Éloise, ma grand-mère maternelle, m’a inscrite à l’institut Ferrandi en pâtisserie et en boulange – parce que c’était ce qu’elle aurait aimé faire petite. Elle m’a hébergé. Elle a pris soin de Chad pendant que j’étudiais et que je travaillais. Mais j’ai voulu que mon fils connaisse les rues de mon enfance, qu’il rencontre mes parents… j’ai eu envie de te revoir aussi. C’est Chad qui a choisi les couleurs… d’ici. Il n’est pas très utile en cuisine… mais il apprend du haut de ces quatre ans. Comme il apprend aussi l’anglais... Merci pour les compliments... Tu voudrais un bon thé?» Je lui souris doucement en essuyant mes mains sur mon tablier. Parler de mon fils amena de grandes lumières dans mes yeux. Un petit rosissement sur mes joues. Il était ma plus grande fierté, ma plus belle réussite. Je croisais les doigts pour que Théo comprenne.


[hj: rapide comme réponse mais en espérant que tu aimes mon cher Théodore.]
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